OUTREAU, la verité abusée
Marie-Christine GRYSON-DEJEHANSART

" Le pire, c’est qu’ils ont reçu une grosse somme d’argent, je ne savais pas que quand on viole des gens, on a de l’argent. Citation de Pierre (son prénom a été modifié), l’un des enfants d’Outreau dans une lettre adressée à Fabrice Burgaud après les procés."

Un rapport passé sous silence

"L’information est révélée sur le site du Figaro, le 22 avril 2007. l’Inspection générale des affaires sociales a été saisie afin de vérifier le travail des médecins. Son rapport d’une quinzaine de pages, intitulé « Le rôle des services de santé dans l’affaire dite d’Outreau », est accompagné d’importantes annexes concernant les enfants. Pour établir leurs conclusions, les inspecteurs se sont procuré les dossiers médicaux de quatorze des dix-sept enfants cités comme victimes auprès des médecins de famille, des hôpitaux, mais également de la protection maternelle et infantile (PMI) du Nord-Pas-de-Calais. Selon Le Point, qui a eu connaissance du rapport, les documents de la PMI établiraient que cinq enfants issus de deux familles innocentées présenteraient « des signes évocateurs » de maltraitance ou d’abus sexuels et préconise à leur égard une surveillance attentive. Les conclusions de l’IGAS ont évidemment déclenché la fureur des avocats des acquittés. Et Me Berton de dénoncer « l’ultime manœuvre pour laisser entendre qu’il n’y a pas eu d’erreur judiciaire ». "

Les conséquences de l'affaire Outreau : une régression dans la défense des enfants.

"Le phénomène de pédophilie est désormais accolé au qualificatif de « mythe ». L’affaire d’Outreau a suffi à elle seule pour enrayer tous les progrès en matière de traitement de la pédophilie. Ainsi, actuellement, on « poursuit » beaucoup moins dans le domaine des abus sexuels sur mineurs. Comme le déplorent les professionnels, chaque semaine arrivent plusieurs appels de détresse de mère ou de proches de victimes qui n’ont pas été prises en compte par la justice. C’est un enfant, la plupart du temps, et il va être de nouveau mis en contact avec son agresseur. Dans la France d’après Outreau, on n’a plus d’autre choix que de rendre les enfants les plus forts possibles – psychologiquement parlant – faute de pouvoir les protéger réellement. Cette affaire brise toutes les avancées dans le domaine de la protection des enfants. La suppression de la fonction de défenseur des enfants, en septembre 2009, au moment du 20e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, confirme définitivement la régression de la France dans ce domaine."

La version médiatique de l’affaire Outreau – que chacun a fait sienne aujourd’hui – correspondait à « la bonne histoire au bon moment » :

"La vérité c’est ce qu’on arrive à vous faire croire […], grâce à la mécanique manipulatoire de la storytelling, le récit de l’histoire la plus virale se substitue à l’analyse du réel. Il s’agit de trouver la bonne histoire au bon moment, qu’elle soit vraie ou fausse n’est pas le problème, c’est la transmissibilité qui la définit comme bonne.Cette remarque de l’écrivain et chercheur Christian Salmon s’applique parfaitement bien à notre histoire."